De
la ville à l’urbain : la planification en question ?
Faut-il considérer l’étalement urbain comme un fait,
un fait lié notamment à la vitesse, la possibilité de se déplacer vite, au
développement exponentiel de la circulation de l’information, aux aspirations
souvent recensées de vivre plus près de la nature ?
Notre besoin toujours plus grand d’espaces ne serait-il
pas le reflet de nos difficultés d’organiser notre vie en société. L’idéal
d’une vie urbaine sans voisins - ou du moins qu’ils soient le plus loin possible
- ne correspondrait-il pas à la chimère que serait de pouvoir faire de son
lieu d’habitat un lieu de retraite et d’isolement absolu. Même les nouveaux
ermites, qui sont en recrudescence nous dit-on (si j'en crois un récent article
du "Monde"), n’en sont pas là. Certains vivent en ville dense.
Quoi qu’il en soit, nous sommes invités à en limiter
les effets néfastes sur notre quotidien, à le canaliser, à éviter l’éclatement,
source potentielle d'exclusion (Edmond Hervé nous a parlé de la ville qui
peut être une formidable machine à exclure) :
-
organiser conjointement le polycentrisme
et la gestion économe de l’espace
-
organiser des centres secondaires
qui gardent la mixité des fonctions qui est une des caractéristiques de la
ville européenne et de notre culture
urbaine
-
autrement dit, créer la ville
à plusieurs vitesses (à l'opposé de la ville à deux vitesses) : la ville des
télécommunications, immédiate, la ville où l'on se déplace, la ville calme
où l'on respire.
Nous sommes alors confrontés à la nécessité de l’articulation
des échelles. Elle est autant dans la cohérence des périmètres d’études que
dans la recherche des espaces de dialogue nécessaires à leur mise en œuvre.
Elle est aussi dans l’intégration, dans les plus petites des préoccupations,
des enjeux de niveau supérieur, du quartier à l’agglomération, de la nation
à la planète entière.
Le développement durable est dans les grands choix de
planification ; pour paraphraser une phrase célèbre, nous pouvons dire
aussi que le développement durable est dans le détail. De ce point de vue,
nous sommes bien dans l’esprit des lois de décentralisation et de la responsabilité
des différents niveaux de collectivités, y compris l’Etat, sur tous les territoires.
Cette ville exige une volonté de planification, Rennes
nous le montre, mais aussi une formidable capacité au dialogue et aux démarches
partenariales pour créer ce continuum culturel de la ville mixte. Ces démarches
ne sont possibles qu’avec de larges espaces dévolus à l'expression des habitants
et usagers, qu'avec un développement continu des processus démocratiques,
et de ce point de vue, des efforts restent à faire, notamment pour privilégier
les dialogues en amont et diminuer les démarches contentieuses (sans prendre
partie dans un des débats qui a eu lieu à l’université d’été sur l'élection
directe des conseillers d'agglomération). Ces démarches ne sont possibles
qu’avec l’aide d’un certain nombre de professions majeures, et parmi elles
celle d’urbaniste.
Tout ceci est une formidable invitation à la parole et
à l'action, pour les élus, mais aussi pour les professionnels que nous sommes.
De nombreuses questions restent pendantes dans l’application
des nouvelles lois, les trois le plus souvent citées plus la loi d’orientation
agricole qui introduit un rôle urbain à l’agriculture avec notamment les “ contrats
territoriaux d’exploitation ”. La réflexion sur l’avenir des villes en
général et sur l’avenir de sa ville, celle où l’on exerce, est de plus en
plus cruciale au niveau des différentes collectivités territoriales. Elle
doit diffuser chez les élus et les professionnels ; cruciale donc, la
liberté de parole sur la ville, y compris et surtout de la part de ceux qui
la font, y compris dans leur propre ville.
Les nouvelles lois vont peut-être faire apparaître les
distorsions entre les niveaux européen et le national d’une part et les politiques
locales d’autre part, entre les accords internationaux et les contrats que
passe l’Etat au niveau local. L’Etat est au cœur de ces contradictions et
son rôle reste encore largement à réinventer.
Organiser la réflexion sur la ville : parfois des
lieux distanciés de l’action quotidienne y aident et l’université d’été du
Conseil français des urbanistes en est un. Le CFDU et ses associations vont
en proposer d’autres dans les régions, en partenariat avec le ministère de
l’Equipement et d’autres partenaires locaux. Au moins une dizaine de ces rencontres
vont se tenir entre septembre 2001 et juin 2002, avec des débats sur les questions
stratégiques et concrètes des démarches.
Nous travaillons aussi à une meilleure reconnaissance
de la profession. La qualification des urbanistes est un mouvement que nous
devons encourager. Il s’agit ni plus ni moins de tirer la profession vers
le haut, dans toutes ses formes d’exercice, d’encourager à des formations
complémentaires pour ceux qui ne répondent pas tout à fait aux critères. Nous
invitons les élus et techniciens locaux à considérer la présence d’urbanistes
qualifiés comme un plus dans leurs critères de jugement des appels d’offres,
même si ça ne peut pas être une clause obligatoire. Nous invitons les élus
à inciter leurs propres techniciens à demander aussi la qualification.
Tout cela se fait sans aucun esprit corporatiste. Le
CFDU restera un lieu de rencontre des urbanistes qualifiés et non qualifiés.
Le CFDU devra s’ouvrir ou dialoguer encore plus avec les professionnels de
la ville qui ne se reconnaissent pas dans cette appellation ou qualification.
Les urbanistes doivent rester ouverts aux évolutions dont on a parlé hier
et ce matin. Cela peut vouloir dire qu’il faudra faire évoluer le processus
ou les critères de qualification. Cela peut vouloir dire faire évoluer les
caractéristiques des formations, et il faut rappeler le lien fort qu’il y
a entre les critères de qualification et les caractéristiques des formations
puisqu’avec l’OPQU, nous faisons nôtres les critères de sélection des formations
d’urbanistes de l’APERAU.
Il s’agira de travailler dans chacune des organisations,
sur l’évolution des pratiques, des métiers et des formations, en organisant
des moments de rencontre à des étapes cruciales de la réflexion, de manière
à ce que les trois organisations rapprochent leurs stratégies sur ces questions
et unissent leurs forces pour faire évoluer des points qui dépendent de partenaires
externes. Et ce travail prendra encore plus de sens et de force si les filières
d’accès aux différentes formes d’exercice de la profession s’ouvrent aux diplômés
universitaires de l’urbanisme et si la mobilité entre ces formes d’exercice
s’amplifie. Ce type de travail commun est bénéfique pour l’ensemble de la
profession. Sur ce dernier aspect des filières d’accès, il faut mentionner
l’action récente menée par Urbanistes des territoires et l’APERAU, appuyées
par le CFDU et l’OPQU, pour éviter que l’accès au concours d’ingénieur territorial
ne soit fermé aux urbanistes.