Université d'été du CFDU à RENNES, les 30 et 31 août 2001

SYNTHESE par Pierre Pelliard

 

De la ville à l’urbain : la planification en question ?

Faut-il considérer l’étalement urbain comme un fait, un fait lié notamment à la vitesse, la possibilité de se déplacer vite, au développement exponentiel de la circulation de l’information, aux aspirations souvent recensées de vivre plus près de la nature ?

Notre besoin toujours plus grand d’espaces ne serait-il pas le reflet de nos difficultés d’organiser notre vie en société. L’idéal d’une vie urbaine sans voisins - ou du moins qu’ils soient le plus loin possible - ne correspondrait-il pas à la chimère que serait de pouvoir faire de son lieu d’habitat un lieu de retraite et d’isolement absolu. Même les nouveaux ermites, qui sont en recrudescence nous dit-on (si j'en crois un récent article du "Monde"), n’en sont pas là. Certains vivent en ville dense.

Quoi qu’il en soit, nous sommes invités à en limiter les effets néfastes sur notre quotidien, à le canaliser, à éviter l’éclatement, source potentielle d'exclusion (Edmond Hervé nous a parlé de la ville qui peut être une formidable machine à exclure) :

-          organiser conjointement le polycentrisme et la gestion économe de l’espace,

-          organiser des centres secondaires qui gardent la mixité des fonctions qui est une des caractéristiques de la ville européenne  et de notre culture urbaine,

-          autrement dit, créer la ville à plusieurs vitesses (à l'opposé de la ville à deux vitesses) : la ville des télécommunications, immédiate, la ville où l'on se déplace, la ville calme où l'on respire.

Nous sommes alors confrontés à la nécessité de l’articulation des échelles. Elle est autant dans la cohérence des périmètres d’études que dans la recherche des espaces de dialogue nécessaires à leur mise en œuvre. Elle est aussi dans l’intégration, dans les plus petites des préoccupations, des enjeux de niveau supérieur, du quartier à l’agglomération, de la nation à la planète entière.

Le développement durable est dans les grands choix de planification ; pour paraphraser une phrase célèbre, nous pouvons dire aussi que le développement durable est dans le détail. De ce point de vue, nous sommes bien dans l’esprit des lois de décentralisation et de la responsabilité des différents niveaux de collectivités, y compris l’Etat, sur tous les territoires.

Cette ville exige une volonté de planification, Rennes nous le montre, mais aussi une formidable capacité au dialogue et aux démarches partenariales pour créer ce continuum culturel de la ville mixte. Ces démarches ne sont possibles qu’avec de larges espaces dévolus à l'expression des habitants et usagers, qu'avec un développement continu des processus démocratiques, et de ce point de vue, des efforts restent à faire, notamment pour privilégier les dialogues en amont et diminuer les démarches contentieuses (sans prendre partie dans un des débats qui a eu lieu à l’université d’été sur l'élection directe des conseillers d'agglomération). Ces démarches ne sont possibles qu’avec l’aide d’un certain nombre de professions majeures, et parmi elles celle d’urbaniste.

Tout ceci est une formidable invitation à la parole et à l'action, pour les élus, mais aussi pour les professionnels que nous sommes.

De nombreuses questions restent pendantes dans l’application des nouvelles lois, les trois le plus souvent citées plus la loi d’orientation agricole qui introduit un rôle urbain à l’agriculture avec notamment les “ contrats territoriaux d’exploitation ”. La réflexion sur l’avenir des villes en général et sur l’avenir de sa ville, celle où l’on exerce, est de plus en plus cruciale au niveau des différentes collectivités territoriales. Elle doit diffuser chez les élus et les professionnels ; cruciale donc, la liberté de parole sur la ville, y compris et surtout de la part de ceux qui la font, y compris dans leur propre ville.

Les nouvelles lois vont peut-être faire apparaître les distorsions entre les niveaux européen et le national d’une part et les politiques locales d’autre part, entre les accords internationaux et les contrats que passe l’Etat au niveau local. L’Etat est au cœur de ces contradictions et son rôle reste encore largement à réinventer.

Organiser la réflexion sur la ville : parfois des lieux distanciés de l’action quotidienne y aident et l’université d’été du Conseil français des urbanistes en est un. Le CFDU et ses associations vont en proposer d’autres dans les régions, en partenariat avec le ministère de l’Equipement et d’autres partenaires locaux. Au moins une dizaine de ces rencontres vont se tenir entre septembre 2001 et juin 2002, avec des débats sur les questions stratégiques et concrètes des démarches.

Nous travaillons aussi à une meilleure reconnaissance de la profession. La qualification des urbanistes est un mouvement que nous devons encourager. Il s’agit ni plus ni moins de tirer la profession vers le haut, dans toutes ses formes d’exercice, d’encourager à des formations complémentaires pour ceux qui ne répondent pas tout à fait aux critères. Nous invitons les élus et techniciens locaux à considérer la présence d’urbanistes qualifiés comme un plus dans leurs critères de jugement des appels d’offres, même si ça ne peut pas être une clause obligatoire. Nous invitons les élus à inciter leurs propres techniciens à demander aussi la qualification.

Tout cela se fait sans aucun esprit corporatiste. Le CFDU restera un lieu de rencontre des urbanistes qualifiés et non qualifiés. Le CFDU devra s’ouvrir ou dialoguer encore plus avec les professionnels de la ville qui ne se reconnaissent pas dans cette appellation ou qualification. Les urbanistes doivent rester ouverts aux évolutions dont on a parlé hier et ce matin. Cela peut vouloir dire qu’il faudra faire évoluer le processus ou les critères de qualification. Cela peut vouloir dire faire évoluer les caractéristiques des formations, et il faut rappeler le lien fort qu’il y a entre les critères de qualification et les caractéristiques des formations puisqu’avec l’OPQU, nous faisons nôtres les critères de sélection des formations d’urbanistes de l’APERAU.

Il s’agira de travailler dans chacune des organisations, sur l’évolution des pratiques, des métiers et des formations, en organisant des moments de rencontre à des étapes cruciales de la réflexion, de manière à ce que les trois organisations rapprochent leurs stratégies sur ces questions et unissent leurs forces pour faire évoluer des points qui dépendent de partenaires externes. Et ce travail prendra encore plus de sens et de force si les filières d’accès aux différentes formes d’exercice de la profession s’ouvrent aux diplômés universitaires de l’urbanisme et si la mobilité entre ces formes d’exercice s’amplifie. Ce type de travail commun est bénéfique pour l’ensemble de la profession. Sur ce dernier aspect des filières d’accès, il faut mentionner l’action récente menée par Urbanistes des territoires et l’APERAU, appuyées par le CFDU et l’OPQU, pour éviter que l’accès au concours d’ingénieur territorial ne soit fermé aux urbanistes.